La sélection en master pour les étudiants en droit et économie-gestion

I – Présentation

A – L’origine du sujet

La sélection en master est une problématique de l’enseignement supérieure posée suite à un premier recours contre l’université de Bordeaux IV en décembre 2013. Cette procédure a donné lieu à une décision du tribunal administratif de Bordeaux, obligeant l’Université à l’accueil d’une étudiante dans une formation où elle avait été préalablement refusée.

A partir de ce moment, le sujet a commencé à prendre de l’ampleur et chacun a exprimé son avis sur la question, du ministère de l’enseignement supérieur aux députés, en passant par les organisations étudiantes nationales. Trois positions sont principalement ressortie du débat : la suppression pure et simple de la sélection, son déplacement à l’entrée du Master 1 et sa conservation en Master 2.

En réalité, la question se pose par un manque de clarté de la loi sur la validité d’une telle sélection en vertu notamment de la contradiction de deux textes : l’article L 612-6 du code de l’éducation et l’arrêté « master » du 25 Avril 2002 contradictoire. Le premier affirme que « l’admission dans les formations du 2e cycle est ouverte à tous les titulaires des diplômes sanctionnant les études de premier cycle ». Le second prévoit la possibilité pour les universités de procéder à une sélection en master à condition qu’un décret établisse une liste des formations pouvant procéder à un tel recrutement. Elle n’est donc pas illégale comme certains aimeraient le faire croire mais simplement mal règlementée puisque le décret n’a jamais été publié. Les tribunaux administratifs faisant une application stricte de la loi, cela explique pourquoi tant d’université ont été obligées d’accepter certains étudiants et donc d’annuler la sélection qu’elles avaient effectué. Pour bien comprendre cette problématique, il faut d’abord comprendre comment fonctionne la sélection actuellement et ce qui lui est reproché.

B – Le processus actuel de sélection en master

De manière générale, la sélection se déroule à la fin du Master 1, une fois les examens passés et réussis par l’étudiant. Il doit alors constituer un dossier à envoyer dans les facultés proposant le master 2 qui l’intéresse. Ce dossier comprend les relevés de notes depuis la première année de licence, une lettre de motivation et un Curriculum vitae (CV). Une première sélection est alors effectuée parmi les candidatures reçues, les recruteurs gardant les profils les plus intéressants. Par la suite, hors cas exceptionnel, les responsables du Master 2 procèdent alors à des entretiens avec les candidats  sélectionnés pour en choisir entre 10 et 20 au final.

Pour les étudiants qui ne sont pas sélectionnés, le problème est qu’ils se trouvent bloqués à la sortie du Master 1 et n’ont pas de continuité dans leur cursus LMD puisque écartés au cours du deuxième cycle. Certains sont donc obligés de revoir leur projet professionnel et de faire de nouveaux choix. Par conséquent, ceci n’est pas une situation idéale en terme de sécurité pour les étudiants vis à vis de leur parcours. Ce sont les désavantages principaux ressortant du système actuel de sélection et qui ont amené à une réflexion sur sa modification.

La plus importante des difficultés sur ce sujet est qu’un système général de sélection, applicable à toutes les filières universitaires n’est pas une solution viable car il serait alors amené à négliger les particularités des différentes formations proposées à l’université. C’est pourquoi une approche filiériste semble être la meilleure des alternatives.

II – Une approche filiériste pour un système plus adéquate

Même s’il existe un système général de sélection en master, il faut également constater que le monde universitaire possède des particularités en la matière. Toutes les filières ne sélectionnent pas les étudiants avant le master 2, pour des raisons pratiques et propres à certaines formations. A titre d’illustration, certains IAE utilisent un système anticipé de sélection à l’entrée du master 1 pour garder une continuité et une cohérence entre les années BAC +4 et BAC +5. Cela aussi car il serait illogique, pour les économistes, de sortir de l’université avec une maitrise n’apportant pas vraiment de plus-value par rapport à la licence et qui est bien moins reconnue qu’un diplôme de master.

De plus, il est à noter que chaque faculté d’économie fonctionne d’une manière différente, signifiant qu’au sein d’une même filière, un système général de sélection en master ne permettrait pas un système efficace. Il serait donc risqué de concevoir un système commun à tous les cursus universitaires, étant donné les différences poussées existantes entre ces derniers. Pour diverses raisons que nous évoquerons plus tard, une sélection à l’entrée du Master 2 est bien plus favorable aux étudiants en droit qu’une sélection anticipée, à l’inverse des économistes.

Cette diversité est indéniablement à prendre en compte dans une réflexion de modification du processus actuel, sous peine de créer un système bien pire que celui existant, qui désavantagerait de manière accrue certains étudiants. Comme l’a déclaré d’ailleurs, Nicole Ménager, présidente du comité de suivi master, « une réponse différenciée s’impose ». De plus, lorsqu’il se présente deux ou plusieurs types de situations, il est logique de régler ces dernières au cas par cas et non par une solution globale si les différences sont bien trop importantes entre elles. C’est ce à quoi procède déjà des juridictions comme le Conseil d’Etat ou la cour d’appel de Paris qui affirment dans plusieurs arrêts (union nationale universitaire, 2003 / centre communal d’action sociale de la Rochelle, 1989) que des situations différentes peuvent être traitées de manière différenciée.

Malgré la nécessité d’une réponse différenciée, une des solutions envisagées serait, quelque soit la filière, une idée dangereuse : la suppression totale d’une sélection à l’université.

III – L’absence de sélection, un danger pour les formations universitaires

L’idée de l’absence de sélection viserait, comme son nom l’indique, à une suppression pure et simple de la sélection à l’université. Cette dernière étant en théorie, un lieu universel d’accès au savoir, il serait logique qu’aucune sélection ne soit opérée entre les étudiants et que chacun puisse accéder aux formations et au savoir qu’il souhaite sans être bloqué à un moment de ses études. Cette solution aurait le mérite de mettre tous les étudiants sur un pied d’égalité sans que certains aient à se soucier d’un éventuel changement brutal de projet professionnel, conséquence possible d’un refus dans le master souhaité. L’avantage notoire est également que tous les étudiants profitent d’une liberté d’orientation totale.

Cependant, l’UNEDESEP pense que cette solution pose plusieurs problèmes révélant une impossibilité à être mise en place et son inefficacité, surtout dans le domaine juridique. D’abord, cette liberté totale d’orientation et donc de circulation des étudiants posera inéluctablement un problème de flux estudiantin. En effet, si l’accès aux formations n’est plus contrôlé, une majorité de la population estudiantine en viendra à se diriger vers les masters d’excellence ou ceux ayant les plus fortes valeurs ajoutées afin d’optimiser son cursus au maximum en prévision de l’entrée dans le monde professionnel. Ces flux importants, qui ne pourront être régulés par la sélection, imposeront l’augmentation considérable des effectifs dans les formations prisées au détriment d’autres qui seront désertées. Se pose alors la question de la survie des master moins attractifs ou simplement un ton en dessous des meilleurs.

De plus, le master 2 est aujourd’hui l’ultime spécialisation offerte en université et représente l’adéquation entre le profil du candidat et les qualités requises pour cette spécialisation. S’il est l’illustration de ceci, c’est parce qu’un tri est effectué par des recruteurs pour trouver les étudiants correspondant le mieux aux attentes du monde professionnel dans un domaine précis, ce qui est le propre de la sélection. Sans recrutement, il n’y aura plus aucune certitude sur le fait que le nouveau diplômé soit en accord avec les qualités requises puisque personne ne l’aura vérifier et n’en aura jugé en amont. Les professionnels pourront douter de la pertinence des diplômes décernés, ce qui portera atteinte à la valeur même des masters.

La suppression de la sélection trouve également une faille dans le fait qu’elle est irréalisable en l’état actuel. Si tous les postulants en master 2 sont acceptés, les effectifs deviendraient bien trop importants dans chaque formation. Il faudra indubitablement accroître les ressources allouées à cette cinquième année d’étude pour garder un enseignement de qualité avec des effectifs beaucoup plus denses. Cet accroissement est impossible en pratique, pour l’UNEDESEP, car les universités n’en ont pas les moyens financiers.

Cependant, le point le plus important se trouve dans le fait que la mise en place d’une absence de sélection serait inefficace. En effet, si elle n’est pas faite à l’université, le monde professionnel s’en chargera car une augmentation des diplômés ne changera pas le nombre de poste à pourvoir. Il y aura donc une incapacité à absorber l’afflux supplémentaire créé par cette accessibilité au master 2, d’autant plus dans des domaines où les professions règlementées sont nombreuses comme le droit qui a déjà du mal à accueillir les nouvelles vagues (100 000 à 145 000 métiers dans le secteur purement juridique pour 20 700 diplômés de master chaque année). Au final, les recruteurs professionnels sélectionneront eux même les individus qui leur semblent les plus intéressants mais n’augmenteront pas pour autant leur offre de poste. Il y aura donc un nombre croissant de détenteur d’un master 2 mais sans possibilité d’emploi, ce qui n’aura donc pas réellement fait avancer la problématique.

En revanche pour ce qui est de la place de la sélection entre le M1 et le M2, comme dit précédemment, la réflexion doit se faire en fonction des filières. Celles qui nous intéressent dans ce dossier sont l’économie et le droit.

IV – La sélection en Master 1, une voie logique pour la filière économie – gestion

L’UNEDESEP tient à noter qu’une présélection universitaire en master 1 existe déjà en faculté d’économie et de gestion. En effet, certaines composantes comme l’IAE de Dijon ou de l’Université Savoie Mont-Blanc pratique une forme de sélection dès la fin de la licence. Si la sélection venait donc à être déplacée en Master 1 de manière générale pour la filière économie–gestion, l’adaptation serait donc beaucoup moins compliquée puisque elle est déjà présente en réalité. Cependant, le recrutement se fait principalement à l’entrée en Master 2. Il sera donc nécessaire qu’une période d’adaptation soit envisagée si le système venait à se généraliser.

De plus, pour l’UNEDESEP, un processus de recrutement avant le cycle master est cohérent et logique. En effet, ce dernier ne se retrouverait pas sectionné au milieu et permettrait d’avoir une continuité entre les deux années. Avec un tel système, il n’y aurait plus d’étudiants bloqués en cours de formation qui seraient obligés de changer leur projet ou tout du moins leur parcours, suite à un refus. Il convient d’ajouter qu’une sélection en Master 1 ne possède pas davantage d’inconvénient que le système actuel pour cette population estudiantine puisque que cette quatrième année n’est pas la clé de concours particuliers et donc de voies de secours supplémentaires. Une sélection anticipée ne supprimerait donc pas des possibilités offertes plus tard. Elle n’apporte pas non plus une valeur ajoutée importante par rapport à la licence, le diplôme n’étant plus vraiment reconnu.

Par conséquent, la sélection en Master 2 n’apporterait pas d’avantages significatifs par rapport au système où elle serait faite une année avant. En revanche elle possèderait le défaut supplémentaire de diviser le cycle d’enseignement en deux et il existerait alors des étudiants aux formations inachevées. Il y aurait donc une perte de cohérence générale pour une plus value légère.

De ces observations, il serait donc logique pour l’UNEDESEP de pratiquer un recrutement à l’entrée de la première année de master car c’est celui qui procurerait le moins d’inconvénient aux étudiants et qui serait, d’une manière générale, plus cohérent. Comme dit précédemment, les développements de ce paragraphe ne s’appliquent pas à la filière juridique qui a besoin de conserver une sélection en master 2.

V – Un maintien de la sélection en master 2 indispensable pour la filière juridique dans le système actuel

Il est important d’expliquer, dans un premier temps, pourquoi le processus envisageable en économie, n’est pas possible pour les juristes, ou du moins s’avérerait à la fois dangereux et moins équitable que le système actuel selon l’UNEDESEP. Ces problèmes viennent de particularités dues au droit et à son fonctionnement. En effet, la réussite de la première année de master donne accès à différents concours : l’examen d’entrée au CRFPA (centre régional de formation professionnelle des avocats), le concours d’entrée à l’école nationale de la magistrature ou encore celui de la fonction publique (catégorie A). Cela constitue la seule véritable possibilité de replie pour les étudiants qui n’ont pas été acceptés en Master 2.

Par déduction, l’inconvénient majeur qui se produira si la sélection est décalée au Master 1, sera que les étudiants qui se voient refuser l’entrée, n’auront pas non plus la possibilité de s’orienter vers les concours les plus importants du monde de la justice. Si la sélection reste aussi exigeante que celle actuellement pratiquée en Master 2, cela laissera un nombre considérable et plus important d’étudiant sans solution et sans issue à emprunter pour continuer leurs études en droit, ce qui inquiète l’UNEDESEP.

De surcroît, la sélection en Master 1 serait un non-sens car les universités qui la pratiqueront de manière aussi rigoureuse que celle qui existe actuellement en Master 2 auront des dossiers moins fournis que ceux proposés actuellement. Cela n’est pas idéal, pour un recrutement déterminant dans l’orientation professionnelle puisque c’est aujourd’hui cette deuxième année du cycle qui détermine dans quel domaine du droit, l’étudiant va vouloir travailler. C’est également en Master 1 que certaines vocations se révèlent chez une partie des juristes avec les spécialités qu’il est possible de choisir et avec un enseignement moins généraliste que la licence. Priver ces derniers de cette première année de deuxième cycle, leur empêcherait de s’épanouir pleinement dans la matière juridique une fois la spécialité trouvée.

Ceci n’est donc pas souhaitable mais si ce problème pourrait être résolu par une sélection moins exigeante, elle poserait alors la même faiblesse que l’absence de sélection : une perte de valeur du diplôme de master. Puisqu’on laisserait accéder au master, un nombre plus important d’étudiant, cela voudrait dire que les critères de recrutement se sont assouplis et qu’il n’y a plus autant d’adéquation entre le profil du candidat et la spécialisation du master. Le monde professionnel sera donc plus méfiant quant aux nouveaux diplômés sortant des universités car moins certains d’avoir le candidat idéal pour le poste à pourvoir.

Bien au contraire la sélection en master 2, bien que n’étant pas un système idéal en tout point, permettrait au moins de laisser un accès aux différents concours pour les étudiants n’ayant qu’une maitrise. De même, elle est le seul système qui permettrait de garder la valeur du diplôme de Master intacte. C’est pourquoi, le conseil national du droit (CND) soutient le maintien de la sélection à la fin du master 1. Elle reste au final plus avantageuse qu’un éventuel recrutement une fois la licence terminée.

Cependant, l’UNEDESEP est consciente que le système actuel n’est pas exempt de tous défauts et que pour cela elle propose que la sélection devienne plus transparente à l’avenir passant par une publication des critères déterminants lors de cette dernière. Cela permettrait aux candidats d’avoir un meilleur aperçu de ce qui est attendu d’eux. Elle estime également qu’une meilleure préparation à la sélection par le biais d’ateliers de rédaction d’une lettre de motivation, de CV ou de simulation d’entretien, serait une plus value non négligeable pour les étudiants qui seraient mieux préparés aux différentes étapes de la sélection. Elle estime aussi que la sélection en Master 1 n’est pas inenvisageable dans la filière juridique mais dans un système qui serait remanié entièrement, pour permettre aux étudiants non sélectionnés d’avoir des solutions alternatives aux formations envisagées.

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