Réforme du baccalauréat, l’acte II du Plan Étudiant est lancé –

Monsieur le ministre de l’Education nationale,

Le 24 janvier 2018, Pierre Mathiot, professeur des universités et ancien directeur de l’Institut d’études politiques (IEP) de Lille, vous a remis son rapport. Intitulé « Un nouveau baccalauréat pour construire le lycée des possibles », ce rapport au titre alléchant, que vous avez vous-même commandé, est issu d’une longue consultation. Il sera, sans nul doute, la pierre angulaire de la réforme du baccalauréat promise par le Président de la République.

Son contenu a largement été commenté dans les journaux: fin des filières traditionnelles au profit d’un système de majeure/mineure, contrôle continu pour la majorité des épreuves, grand oral, etc. Les propositions de Pierre Mathiot ne sont pas dénuées d’un esprit de réforme et partent d’un constat que nous partageons tous : “le baccalauréat, dans les enseignements qui y mènent et dans ses résultats, n’entre pas suffisamment en ligne de compte pour ce qui concerne la préparation et l’orientation pour l’enseignement supérieur. Cela doit d’autant plus être souligné que le bac général et le bac technologique sont de facto des bacs de la poursuite d’études” *.

Le baccalauréat garderait, en effet, son double statut de diplôme de fin d’études secondaires et de premier grade de l’enseignement supérieur. En ce sens, l’UNEDESEP vous demande, Monsieur le ministre, de faire une réforme ambitieuse du baccalauréat sur la base d’une articulation forte avec l’enseignement supérieur. Les mots ne suffisent plus, il faut aux lycéens et aux étudiants des actes pour construire une politique d’orientation enfin efficace.

La mise en place de l’unité 3 d’accompagnement “de 2 heures par semaine en seconde et de 3 heures par semaine et première et en terminale” * nous semble être une excellente proposition pour orienter le lycéen, à condition qu’on l’accompagne d’un financement adapté afin “qu’il soit également prévu un volant annuel d’heures dédiées aux actions spécifiques (déplacement dans des établissements de l’enseignement supérieur, réalisation de projets collectifs, etc).” * Les associations du réseau de l’UNEDESEP sont prêtes à accueillir sur leur campus ou visiter toutes les classes qui en feront la demande afin de les informer sur la réalité des études en sciences sociales.


L’UNEDESEP tient cependant à défendre l’accès libre de tout bachelier à l’enseignement supérieur. Les jeunes doivent avoir le dernier mot sur leurs choix d’orientation. Les prérequis, instaurés par la loi sur l’orientation actuellement en discussion au Parlement, ne sauraient se baser sur la matière choisie en majeure ou en mineure. En effet, contrairement à ce qu’a déclaré madame la ministre de l’enseignement supérieur devant le Sénat, les prérequis seront sélectifs pour la majorité des universités. Est-ce une simple erreur de communication envers la communauté universitaire ou un mensonge éhonté ?

Par ailleurs, la suppression des rattrapages au profit d’un examen par un jury du dossier du candidat n’est pas acceptable dans une logique d’égalité des chances. Le maintien d’une certaine forme d’examen terminal reste la solution la plus égalitaire et le meilleur entrainement aux épreuves diverses et variées qu’aura à passer le jeune tout au long de sa vie.

L’UNEDESEP craint, en effet, que certaines des propositions du rapport Mathiot ne fassent écho au Plan étudiant prochainement concrétisé par la loi sur l’orientation et la réussite des étudiants. Mise en place d’un contrôle continu partiel, suppression des rattrapages au profit d’un examen du dossier du candidat par un jury, toutes ces mesures sont malheureusement cohérentes avec la politique menée dans l’enseignement supérieur qui a très largement déviée de l’axe fixé en décembre.

C’est pourquoi nous vous demandons, Monsieur le ministre de l’Education nationale, de bien vouloir que l’UNEDESEP en tant qu’organisation représentative des étudiants en Droit, Gestion, AES, Sciences Économiques, Politique et Sociales ainsi que d’autres organisations représentatives des étudiants puissent participer à la concertation que vous allez mener afin de proposer un projet de réforme cohérent et articulé avec le milieu de l’enseignement supérieur.

* Extraits du Rapport de Pierre Mathiot

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